Réunis le vendredi 21 août 2026 à la Gouvernance de Ziguinchor, les acteurs territoriaux, administratifs et économiques de la Casamance ont pris part à l’atelier de restitution des résultats de l’étude monographique du Pôle territoire Sud, initiée par le Programme Accélération Compétitivité et Emplois (PACE) en partenariat avec l’Agence Nationale de l’Aménagement du Territoire (ANAT). Placée sous l’autorité du Gouverneur de région, cette rencontre a permis de dresser un état des lieux du pôle Territoire Sud .
Un territoire riche en potentialités : les dotations remarquables du Pôle Sud
Les conclusions de l’étude monographique, présentées à Ziguinchor, viennent corroborer les constats empiriques dressés par les acteurs de terrain : le Pôle territoire Sud, englobant les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda, s’impose comme un pôle de ressources stratégique pour le Sénégal. Grâce à une pluviométrie favorable et à un réseau hydrographique important, notamment autour du fleuve Casamance, le Pôle Territoire Sud occupe déjà une place importante dans la production agricole nationale.
En 2023, le Pôle Sud concentrait à lui seul 41 % de la production agricole nationale, porté par la puissance céréalière et vivrière des bassins de Kolda et Sédhiou. À ce leadership agricole, s’ajoute un patrimoine forestier exceptionnel, comptant plus de 100 000 hectares de massifs boisés dans la seule région de Ziguinchor garantissant, par ailleurs, une importante réserve de produits forestiers non ligneux. Aussi, le territoire dispose d’environ 2,4 millions d’hectares de terres potentiellement cultivables, d’une façade maritime et estuarienne particulièrement propice à la pêche, ainsi que d’un patrimoine écotouristique et culturel unique. Cette géographie privilégiée confère au Pôle Sud une vocation naturelle de moteur pour l'autosuffisance et la souveraineté alimentaire du pays.
Transformer les potentialités en valeur et en emplois : les verrous d’une économie extractive
Cependant, cette profusion de ressources naturelles contraste nettement avec la réalité socio-économique vécue par les populations. L’étude met en évidence un paradoxe saisissant : l’économie du Pôle Sud demeure prisonnière du secteur primaire et d'une logique extractive brute, captant une part infime de la valeur finale créée sur ses propres filières.
Bien que la Casamance figure parmi les plus grands bassins de production de mangues, seulement 2 à 3 % des volumes récoltés sont transformés localement. Le reste pourrit sur pied le long des pistes ou est cédé à bas prix à des intermédiaires externes. Le constat est identique pour la filière anacarde : le territoire subit une déperdition massive de valeur ajoutée en exportant des noix brutes non décortiquées, exportant du même coup des opportunités d’emplois industriels vers d'autres continents. Cette instabilité fragilise l'ensemble du tissu manufacturier : plusieurs industriels locaux ont dû cesser leurs activités, faute de sécuriser un approvisionnement régulier en matières premières.
Cette absence de maillons de transformation industrielle, conjuguée à une économie partagée entre un secteur formel restreint et un secteur informel prédominant, explique la persistance de la pauvreté et de l'enclavement. Elle nourrit surtout un taux de chômage des jeunes évalué entre 35 et 40 %, privant la région de l'énergie de sa force vive.
« Pendant longtemps, l’État a été au centre de l’investissement et du développement en laissant peu de place au secteur privé. Aujourd’hui, il faut changer de logique et penser davantage à l’économie des Pôles territoriaux, à toutes les échelles. Face aux pertes de valeur sur la mangue ou l’anacarde, la priorité est de miser sur la structuration des chaînes de valeur et de donner au secteur privé une place réelle dans les différents maillons. », selon Moussa Sall, Consultant de la Task Force Compétitivité du PACE (Ministère de l'Économie, des Finances et du Plan).
Le secteur privé au cœur de la dynamique : catalyseur de la transformation locale
Face à ce diagnostic, les participants à l'atelier ont soulevé un point important: le modèle reposant exclusivement sur la commande publique a atteint ses limites. Si l’État a le devoir de garantir les infrastructures de connectivité, l'essor économique durable du Pôle Sud réside dans l'émergence d'un secteur privé endogène vigoureux, soutenu par des investissements productifs.
Cette mutation passe nécessairement par une organisation méthodique des filières, d'amont en aval. Il s'agit de bâtir des relations contractuelles pérennes entre exploitants familiaux, organisations paysannes, collecteurs et agro-industriels locaux. En favorisant la création et l'appui des petites et moyennes entreprises dédiées au séchage des fruits, à la fabrication de jus et de purées, à la transformation du lait local et au conditionnement des produits halieutiques, Le Pôle Sud se donnera les moyens de préserver ses richesses sur son territoire et de créer des emplois stables au profit de sa population, en particulier la frange jeune.
Une étude au service de la décision et de l’action
L’étude monographique portée par l’ANAT et le PACE constitue une boussole d’aide à la décision pour tous les décideurs. En effet, en dressant un état précis des filières motrices, de leurs atouts, de leurs contraintes et de leurs principales faiblesses, elle met à la disposition des exécutifs un outil d’aide au ciblage des investissements.
« Cette étude nous permettra de mieux connaître les potentialités du Pôle Sud et servira aussi de document de référence pour notre planification. Elle nous dote d’une base solide pour aligner nos programmes de développement local avec les attentes réelles des acteurs économiques et bâtir une attractivité territoriale pérenne. » selon Alphousseyni Diédhiou, Deuxième Vice-président du Conseil départemental de Ziguinchor (au nom du Président Georges Mansaly).
Le PACE, un levier d’accélération pour concrétiser la transformation économique
Pour convertir ces orientations en réalisations tangibles, le Programme Accélération Compétitivité et Emplois (PACE) constitue un bras opérationnel de premier ordre. Piloté sous la tutelle du Ministère de l'Économie, des Finances et du Plan par la Task Force Compétitivité, le programme fait le lien entre planification et soutien ciblé aux entreprises.
L’atelier a ainsi permis de présenter la méthodologie de sélection des « Identités Remarquables » (IR) du Pôle Sud. Il s’agit d’entreprises phares autour desquelles gravitent des écosystèmes de PME prometteuses et de groupements de femmes représentatifs des filières locales. Ces acteurs pourraient bénéficier de diagnostics approfondis, de plans de mise à niveau et de conventions d’accompagnement sur mesure, notamment grâce aux interventions des entités de mise en œuvre (EMO).